jeudi 1 décembre 2016

Repose-toi

Repose-toi,
    coeur à l'eau
    battu des flots de ta mémoire
    geyser brûlant de l'anamnèse
Le combat, tout le jour, fut rude

Alors
    repose-toi.

Demain, ou après-demain,
   tu vaincras.

Va!

Va! Inconsciente,
Répandre publiquement ma honte.

Je marcherai alors
Comme nue
Sur la voie principale
Accueillant le jet poisseux de l'opprobre.

Si tu étais mauvaise,
Ce serait pour toi jubilé.

Mais, je l'ai vu
Le fond de ton coeur est bon.

Alors, pour toi,
Je pleurerai sous les coups reçus,
Ces coups qui, ne m'atteignant pas,
Frapperont de leur éclat sauvage
La cloche de tes yeux.

Et ma plainte sous la massue et le clou,
plainte non de moi,
Perpétuera sonore le 
Le tintement saccadé
Des grelots à tes cils.

Et mon souffle, 
Ton dernier,
Exhalera une bise en soupir
De ta bouche entrouverte,
Ta bouche tombe de mon roseau.

sd

mercredi 30 novembre 2016

Sonnet du berlingot

Tes paroles de miel
                                 ont inondé ma bouche.
Et moi, qu'ai-je à t'offrir ?

Je forme 
Du bout de ma langue
             un berlingot d'ambre
             une pointe de réglisse.

Refuse-moi encore si je ne suffis.
Et
     glisse dans la bouche de ta bien-aimée
     ce sucre que j'ai muri...

Alors
     ce me sera encore
     écouter le miel de ta poitrine.

sd réconfortée

ps : il s'agit d'un sonnet irrégulier, d'accord. C'est-à-dire que, incapable, pour l'instant, d'en écrire un régulier, j'ai largement triché, me contentant de découper. C'est, si j'ai bien compris, la liberté moderne du vers : )

lundi 28 novembre 2016

Mélancolie de merde

Vous me fatiguez. Foule de mes cheveux à mes tempes, qui frappez comme le fuyard aux portes du temple, qui espère l'autel, qui rend déjà le culte aux dieux alors que la balle noire n'a pas fini de le traverser.

Ma bouche est viciée. C'est un puit de pétrole, cadavre et fantôme d'une forêt, autrefois efflorescente, aujourd'hui déliquescente. Toutes les pourritures de langue font séminaire. Elles exposent leurs théories. Et la pauvreté, et la honte des calembours, et le geste paresseux de l'anus, se défaisant, qui vomit et libère le liquide noire : une mélancolique merde mêlant colique.

Voyez plutôt.

*

C'est une nuit de pleine Lune
Tâchée de nuages bleus
             déchirés.
La silencieuse comète
Tantôt se cache
Tantôt se révèle.

Et la forêt de pins noirs
Autour du lac et
De la pierre de l'autel
Tantôt s'évanouit
Tantôt,
             de cette lumière douceâtre
             de ces millepertuis
             comme autant de dents blanches,
Sourit.

**

Il a fait froid.
C'était un vent de pierre dans l'encolure.
Et, affaiblie, je cherche le sommeil.

Est-il si déraisonnable
D'espérer un lit,
Et non le pas d'un glacier,
De se promettre des paumes ?...

Tes paumes ...
Tournées vers une autre nuit
Vers d'autres étoiles – encore vivantes.
Plutôt qu'un astre
                              presque froid.

Un dernier battement a frappé l'espace
Et la cloche de l'air
Presqu'étouffée
Répète et rayonne
                               le dernier écho.

***

Vieil homme à la mer
Battu par les flots
Porteur du sanglot
d'un message amer,
Tu gis esseulé
Creusé comme un roc
Bouteille brisée
D'un lourd coup de soc.

Tes lettres amènes
Nouvellement nues
Ont manqué l'aubaine
Ont perdu la vue.

Elles flottent
Blanches ailes
Et demeurent
Éternelles
Sans retour
Ni d'espoir
Ni de leur
Tombeau noir.

****

Quand les larmes percent
Comme l'herbe hirsute le goudron
La lourde dalle de paupière,
Aveuglée de cette eau froide
Voilée de solitude
Prête l'oreille.

Accueille le murmure symphonique
Sous la dalle océane
De la foule des noyés, tes frères.

Ainsi tes larmes goûteront d'autres larmes
Ton sel d'autres sels
Et mêlant ta faiblesse aux leurs
Vibreront les lèvres de ta bouche éteinte.

Et cela suffira.
En ces profondes altitudes
C'est déjà de la chaleur.

*****

Tout ce qui précède est mauvais. Béance baveuse du moi, comme disait je sais plus qui. C'est mauvais mauvais mauvais. Et je voudrais être poétesse ? Pfff ... aveugle, et sourde; qui ne fait que répéter et chercher l'aval. Incapable d'autarcie. Le viol n'est pas une sainte onction. Ce n'est pas un contrat engageant le diable, garantissant la jouissance d'un fruit temporaire. Alors que je cesse de rêver. Et que je plante à ma langue, un clou de girofle. Que je continue bouche béante mon travail de clown triste fonctionnaire.

sd fatigante

vendredi 25 novembre 2016

Slam

Eh bien ... je me suis essayé au slam. Expérience étrange. Assez enrichissante. Monter sur scène, et porter sa voix. Cela partait d'un défi lancé subitement. Et j'ai écrit quelque chose à la hâte; en reprenant des thèmes, des images, des situations que vous, lectrices et lecteurs qui me suivez, reconnaîtrez sans doute. Hélas, je ne suis pas très fière de ce texte. D'abord, parce que je n'ai pas osé, le soir de la représentation, y apposer mon vrai nom, Scons Dut. Puis, parce qu'il m'apparait comme un ensemble rapiécé, cousu d'étoffes disparates, qui, prises isolément scintille peut-être, mais ensemble ... offrent une allure carnavalesque, répétée tant de fois déjà, exsangue et vampirisée (heautontimoroumenos ...). Et puis, surtout, la déclamation exige une forme différente. On ne versifie pas pour l'oreille comme pour l'oeil. Et il ne faut pas faire de théâtre. Pour cette première expérience, j'ai voulu éviter ce qui me semble être un écueil trop peu évité parmi le maigre échantillon de slameurs que j'ai pu écouter : la surmultiplication de rimes, assonances, allitérations, internes, et répétitions. Je comprend bien l'aspect incantatoire que ce procédé d'écriture peut fournir, et l'espèce de transe qu'elle suscite. Mais il y a toujours ce risque du dévoiement, de la perte d'intensité, comme un fleuve qui atteignant son delta s'affaiblit de tant de ramifications.

(il n'y a bien que L qui, empruntant cette voie, m'émeut pourtant; mais sa bouche en puit, si bien au-dessus de son coeur, chante un très puissant fleuve ... ô ivresse ...)

Évitant Charybde, je tombe en Scylla : le timbre prosaïque. Il y a toujours à la frontière de la simplicité formelle, le précipice de la fadeur. Il faudra, si je m'y essaie à nouveau, une autre forme. Surtout lorsque je prétend célébrer les galantes fêtes de l'Amour. La cible n'est pas tout à fait atteinte, mais les prochains pas le long de la voie m'ont été montrés. Nous verrons.

*

Bonsoir.
C'est la première fois que je ... slam (c'est comme ça qu'on dit ?)
Alors, je ne sais pas trop quoi dire.
Ah! ... je pourrais, si ça vous dit, vous parler d'Amour, de ses ... flammes.
Je ferai de mon mieux, je contiendrai, comme je peux, le blanc délire.

À vrai dire, je ne me sens pas très bien ...
Ma voix, comme un écho, faiblit
Je sais, ça n'a l'air de rien
Mais la fatigue me gagne et cette estrade fait un bien mauvais lit.
Il faut pourtant que je tienne droit, ou bien ...
faire comme Ulysse convié au manoir du noble Anténor; vous connaissez la scène ?
Ménélas fit le premier un beau discours,
Mais quand se leva Ulysse le subtil
Il se tint d'abord immobile, les yeux fixés sur le sol,
Sans remuer son micro, ni en avant, ni en arrière;
Il le gardait tout droit, comme un homme hébété;
On l'aurait cru quelqu'un qui s'est fâché, ou qui est sot.
Mais quand, de sa poitrine il laissa sortir sa grande voix,
Et des mots pareils à des flocons de neige en hiver,
Alors personne avec Ulysse n'aurait pu rivaliser,
Et ce n'était plus l'allure d'Ulysse qui étonnait la foule.

[extrait modifié pour la circonstance de l'Iliade, III, v. 216-224, trad. Jean-Louis Backès]

Ah ... des mots pareils à des flocons de neige en hiver
Ah oui ça c'est beau, ça c'est une image glorieuse
Mais moi, chère audience, là devant toi, et tes beaux yeux pers
Ce qui sort de ma bouche n'est que salive, tempête baveuse.

Alors comment faire ? Quoi dire ? Quel charme appliquer ?
Faut-il que j'invoque une Muse ? que j'emprunte l'illustre verbe de Melpomène ?
Rah fils d'Aphrodite, vois ton oeuvre, mon coeur de tes flèches piqué !
Et la honte, et le feu sous ma peau,
     et, comme Sappho, je brûle sous ton regard amène.

Las! trop tard, les images ont surgi,
je suis aveugle,
je vois l'arrière-monde, l'interstice,
ses peuples fantômes de boeufs qui meuglent,
et l'éternel supplice
Je vois le miel jaillir comme l'amant
des ruches de l'Hymette, et gonfler les ruisseaux.
Je vois les racines éclatantes de sève,
Je vois tonner et tonner encore
la lourde la vaste l'insondable clameur des fleurs.

Voyez!
le tumulte d'ailes blanches zébrer le ciel,
s'ébrouer d'iridescents élytres,
et des anges électres sabrés d'alcools,
Un peuple magmoïde fuyant la bouteille volcanique
Se répandre sur la pierre torride
un lourd litre de miel.

Tout n'est que vitesse,
tout de tes flèches est percé,
Tout fuit comme une liesse
et le monde, de tant d'amour blessé,
comme un encensoir d'Icare,
s'allège,
s'élève
et plus près du soleil s'égare.

Hélas, quel soleil fit fondre la cire de toutes ces ailes ? Je ne sais pas.
Mais, le monde, comme une pierre froide, enfin sombre
dans l'ineffable nuit,
longue nuit d'oubli.
Un sommeil en lambeau
à la forêt de tes cils
Près d'un lac de cornée
Il pleut dans ta pupille
une nuit blanche
comme un océan de lait.

Et depuis, roule sur cette buée  une tempête
vide de battements, sans rime valeureuse,
sauf peut-être la bouche idiote d'un ridicule poëte,
qui répand sa pluie idiote, ridicule et baveuse.

J'en ai peut-être trop dit.
Il faut maintenant déposer la lance,
Et mon bouclier près de moi témoigne du lit,
Où j'épouserai le sommeil en robe de silence.

sd bramante

jeudi 24 novembre 2016

Sceller

En ce moment, entre autres, j'ai une légère inclination pour le verbe «sceller». Peut-être parce qu'il évoque une sorte d'opération magique. Opération par laquelle des choses sont contenues, et d'autres, protégées. Alors oui, les plus illustres magiciens ont scellé des cavernes, des trésors, des urnes, des amphores, etc. ça n'a pas toujours marché : la boîte de Pandore. Mais on peut bien supposer que de ces lieux si bien scellés, on n'en entendra pas parler. Ainsi sommes nous, à notre insu, sauvés.

Alors, moi, qui suis moins illustre, je n'ai dans ma besace que de simples charmes, ceux qui règnent sur le vaste quotidien. Et, en guise d'hommage, je répète ces gestes. Je scelle la porte de mon réfrigérateur. Je scelle mon tube de dentifrice. Quand l'ennui tente de s'échapper par ma bouche entrebaillée, ma main scelle. Qu'une beauté singulière traverse le passage piéton, je détourne, rougissant, mon regard. C'est encore sceller. Je multiplie ainsi à foison les bandelettes imprégnées d'encens, et les dépose patiemment sur tous ces angles silencieux, toutes ces aspérités de l'ombre. Invisibles, ne témoignant de rien, sauf d'un aimant voile de fumée, elles sont là pourtant.

(et je les poserai encore sur tes yeux, ou ... enfin c'est peut-être trop ... sur une de tes côtes)

sd voodooïde

lundi 21 novembre 2016

Enregistrement de Maya Angelou

Je suis tombé sur un enregistrement de Maya Angelou, poétesse américaine que je ne connaissais pas. Évidemment, chères lectrices, chers lecteurs, qui me suivez depuis quelque temps, vous comprendrez vite pourquoi cette parole m'interpelle. Et cela me touche, ce dimanche matin frais de soleil et d'azur, plus que je ne l'aurais cru. Je retranscris. Ma seule intervention se limite à l'organisation en paragraphes.

*

When I was seven and a half, I was raped. 

I won't say severely raped, all rape is severe. The rapist was a person very well known to my family. I was hospitalized. The rapist was let out of jail and was found dead that night. And the police suggested that the rapist had been kicked to death. I was seven and a half. I thought that I had caused the man's death. That was my seven and a half year old logic.

So I stopped talking for five years.

Now, to show you again how out of evil there can come good, in those five years, I read every book in the black school library, I read all the books I could get from the white school library, I memorized Shakespeare, whole plays, fifty sonnets. I memorized Edgar Allan Poe, all the poetry. Never having heard it, I memorized it. I had Longfellow, I had Guy de Maupassant, I had Balzac, Rudyard Kipling.

When I decided to speak, I had a lot to say, and many ways in which to say what I had to say.

So out of this evil, which was a dire kind of evil, because rape on the body of a young person, more often tan not introduces cynicism, and there is nothing quite so tragic as a young cynic. Because it means the person has gone from knowing nothing to believing nothing. In my case, I was saved in that muteness. And I was able to draw from human thought, human disappointments and triumphs, enough to triumph myself.

 **

Mais pourquoi ces paroles me touchent tant ? ... oh il faut que vous regardiez la video, Maya Angelou est si belle ... tout, dans les traits de son visage, dans ses yeux, dans la lente et sûre marche de sa voix, comme une barque tranquille sur un large et puissant fleuve, ... oui, elle incarne une puissance qui me fait défaut, que j'aimerais faire mienne, ... Elle a triomphé.

Parce qu'elle nomme simplement, et précisément, ce qu'elle a subi à sept ans et demi. Evil. Mais, une fois la chose nommée, la chose est conjurée. Ce ne fut pas facile (cinq années de silence, et d'après mon survol de sa page wikipedia, une vie mouvementée). Mais elle nous montre que du bien peut encore émerger de ce mal.

Oui. Oui. Dit comme ça, c'est un cliché. Mais il y a tant de sincérité, tant d'innocence dans sa tenue. Comme dire «je t'aime»; combien de dents roulantes ont usé ces mots si simples, et pourtant, quelle force!

Peut-être que je projette trop. Et il est bon que je le craigne. Je voudrais dire «ô ma soeur», mais, ma langue dans l'huile d'ambivalence, qui sait ?, peut-être «ô soeur sur le trône que je convoite». Enfin, qui dit que ce trône ne peut accueillir qu'une seule couronne de lauriers ? ah ma morgue ...

Et puis «rape on the body of a young person, more often than not introduces cynicism, and there is nothing quite so tragic as a young cynic. Because it means the person has gone from knowing nothing to believing nothing.» ... eh bien ... je ne sais plus quoi dire.

Ou peut-être.

    ô soeur lointaine,
    assomption de poussière
    comme une fine voile d'azur,
    tu illustres le lever
    du flottant soleil blanc.

sd